*« C’est pas la première fois que je pleure en pensant à toi (...) Je cherche encore des excuses pour te comprendre (...) J’ai fait le tour de la question... » *
Le tour de la question, hormis dans cette nouvelle chanson, Pomme est très loin de l’avoir fait. Elle entame même un chemin artistique qui, plutôt que de tourner en rond, explore des pistes qu’elle n’avait pas encore défriché. À l’orée de sa trentaine, elle réussit même l’exploit de tant clore un chapitre que d’ouvrir un cycle inédit grâce à « des excuses », sorti hors des sentiers battus du marketing de l’industrie de la musique. Et respectant ce que la chanson française in extenso, au même titre que Pomme, ont toujours défendu : un storytelling condensé en quelques minutes, une mélodie entêtante, telle une ritournelle salvatrice, et des textes d’une sincérité confondante.
Depuis la parution de son album Saisons, en 2024, Pomme a éprouvé le désir d’explorer d’autres contrées. Outre ses premiers pas en tant qu’actrice dans La Vénus d’Argent (2023), elle a partagé avec Stromae ce qu’on peut appeler un tube, « Ma meilleure ennemie », pour la série animée Arcane. Tandis qu’on l’a récemment vue chez Cédric Klapisch, qui l’avait invitée à participer à la cérémonie des César 2025, elle a aussi collaboré avec Yoann Bourgeois pour Le Petit cirque, spectacle hybride situé quelque part entre ballet, concert et performance circassienne. Toujours entre deux rives, celles de la France et du Canada, pays entre lesquels elle partage son existence, Pomme est allée poursuivre la réflexion conceptuelle initiée par l’enregistrement de Saisons à la prestigieuse Villa Kujoyama. À Kyoto, dans le cadre de cette résidence, elle s’est intéressée de plus près encore à l’art contemporain, au design ou à la poésie, intégrant l’intention pluridisciplinaire qu’elle souhaitait offrir à sa proposition créative. D’autant qu’elle venait de se séparer de sa maison de disques de longue date – aujourd’hui, elle agit en toute indépendance.
Place à l’émancipation, au non-respect du calendrier répétitif studio-single-album-tournées et ainsi de suite. Place à la joie de la performance, quelle qu’elle soit. L’année prochaine, elle tiendra l’un des premiers rôles de Peau d’homme, de Léa Domenach, l’adaptation filmique du roman graphique homonyme de Zanzim et Hubert, aux côtés d’Eddy de Pretto et de Catherine Deneuve. Ou comment une jeune fille, durant la Renaissance italienne, se travestit en homme pour mieux connaître l’homme auquel on doit la marier. Queer, pop, affirmé : du pur Pomme, en somme, qui a œuvré aux morceaux de la B.O. arrangée par le compositeur américain Bryce Dessner (The National).
En attendant, « des excuses » témoigne de l’écriture affûtée de Pomme. Elle qui a des dizaines et des dizaines de chansons dans son escarcelle s’est concentrée sur ces trois minutes trente de mise au point. Bien qu’elle s’adresse avant tout à une génération qui souvent peine à se remettre en question et à s’excuser du mal qu’elle a pu faire, elle parle également, selon celui.celle qui l’a reçoit, de rupture, amicale ou amoureuse, de ces manques qu’on ne peut combler avec des explications. S’il s’agit d’un folk subtilement organique, le texte est frontal, prenant quelques distances avec la langue métaphorique que maîtrise Pomme. Quant aux arrangements, dont la musicienne s’empare de plus en plus, ils ont été travaillés aux côtés du frère de Bryce, Aaron Dessner – issu de The National, donc, mais aussi complice de Taylor Swift.
En lui conférant une place à part entière et non un rôle de premier single ou de simple teaser, en la rendant à la fois singulière et si familière à nos oreilles, Pomme fait « des excuses » un personnage à part entière de son corpus – et s’inscrit dans la tradition de la grande chanson française du siècle dernier. Elle qui a façonné son identité musicale et sa musique dans l'opposition, qui n’a jamais ralenti la cadence pendant près d’une décennie de carrière, trouve un apaisement nouveau. Mieux encore, la légèreté de chanter quand bon lui semble ; de danser, de jouer, sur grand écran ou sur scène. Notamment aux Bouffes du Nord à la fin de l’année pour Le Petit cirque... «Je veux aller de l'avant, changer, ouvrir mon esprit et mes yeux, refuser Ce qui compte, c'est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves.» Aujourd’hui, nous offrant par la même occasion plusieurs versions d’elle-même, Pomme incarne pleinement chacun de ces mots.
Une maturité musicale étonnante (…) un élégant premier EP
Les InrocksPomme nous laisse bouche bée devant son talent naturel et inné (…) Elle ne cesse de nous faire voyager
Virgin RadioDes textes sublimes (…) Pomme va rapidement prendre de la hauteur
Madame Figaro